
Le coordonnateur de l’AFC/M23 Corneille Nangaa
By Corneille Nangaa*
Alors que le processus de paix de Luanda était sur le point d’aboutir à une avancée décisive, la récente ingérence de l’Union européenne vient de compromettre dangereusement cet équilibre fragile.
En adoptant précipitamment et unilatéralement des sanctions à l’encontre des dirigeants de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), l’union européenne s’érige en acteur de déstabilisation, sapant ainsi les efforts laborieusement consentis pour parvenir à une résolution pacifique du conflit qui déchire l’Est de la République Démocratique du Congo.
L’engagement personnel du Président João Lourenço, médiateur attitré et artisan infatigable du rapprochement entre les parties en présence, avait permis de lever les ultimes réticences et d’obtenir du Président Félix Tshisekedi son adhésion à un dialogue direct avec l’AFC/M23.
Les conditions semblaient réunies, les invitations avaient été officiellement transmises, et les délégations s’apprêtaient à s’asseoir à la table des négociations sous l’égide du mécanisme de Luanda. Mais ce fragile édifice diplomatique a été brutalement ébranlé par l’attitude inopportune de l’Union européenne.
En adoptant une posture partiale et sélective, l’union européenne bafoue les principes élémentaires d’impartialité et d’équilibre qui doivent présider à toute médiation digne de ce nom. Or, dans un contexte où le cessez-le-feu demeure précaire et où chaque initiative diplomatique doit être maniée avec la plus grande prudence, toute mesure susceptible d’affaiblir une partie au profit de l’autre compromet inévitablement la dynamique de négociation et sape la confiance mutuelle indispensable à tout processus de paix. Loin de favoriser la pacification de la région, cette décision inconsidérée place l’Alliance Fleuve Congo face à un dilemme stratégique : peut-elle, en de telles circonstances, continuer à s’engager dans des pourparlers dont l’équité est ainsi remise en cause ?
D’après le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa*, « il apparaît inacceptable que l’on convie à ces négociations des représentants dont les droits civils et politiques ont été systématiquement bafoués par un régime dont la légitimité elle-même est sujette à caution. Une telle initiative revient à entériner l’injustice et à légitimer des pratiques répressives incompatibles avec l’esprit même du dialogue et de la réconciliation ».
Face à ces entraves, et dans l’attente d’une clarification de la position européenne conforme aux exigences de neutralité et d’équité, l’Alliance Fleuve Congo se voit contrainte de suspendre sa participation aux pourparlers de Luanda jusqu’à nouvel ordre. Elle exhorte par ailleurs les acteurs internationaux à se départir de toute politique biaisée et à œuvrer, en toute impartialité, à la consolidation d’une paix juste et durable dans la région des Grands Lacs. (Fin)